La légende d’Ys

C’est l’histoire d’une cité engloutie dans une baie de Cornouaille, d’un cheval de mer, d’une princesse devenue sirène, du Bien et du Mal qui s’affrontent...

Gravure ancienne du clocher englouti de la ville D’Ys

Il existe plusieurs versions de ce conte légendaire breton né vers 1480 et qui, tout au long de l’Histoire, a inspiré de nombreux auteurs jusqu’à nos jours. Ys ou Is veut dire « sous la mer ». Et vous allez comprendre pourquoi…

Le roi Gradlon de Cornouaille était un guerrier téméraire qui aimait prendre le large avec ses troupes pour aller faire la guerre aux vikings. Redoutable stratège, il gagnait la plupart des batailles, pillait les vaincus et amassait les richesses. Cependant, la fatigue gagna peu à peu ses marins, jusqu’au jour où, fatigués de combattre, ils refusèrent d’assiéger un château. Le roi les laissa repartir en Cornouaille et il resta seul.

C’est à ce moment précis qu’apparut Malgven, reine du Nord et magicienne. Ses yeux perçaient l’âme, et sa voix était douce comme le chant des sirènes. Elle dit à Gradlon, avec une lueur séductrice dans le regard : « Je te connais, tu es courageux et un combattant né. Mon mari est vieux, son épée est rouillée. Toi et moi, ensemble, nous allons le tuer. Ensuite, tu m’emmèneras dans ton paisible royaume de Cornouaille.« 

Sous l’influence de cette créature ensorcelante, Gradlon accepta la proposition. Ensemble, ils assassinèrent le roi du Nord puis enfourchèrent Morvarc’h (« cheval de mer » en breton), le cheval magique de Malgven. Il était noir, crachait du feu et était capable de galoper sur les vagues.

Les deux amants restèrent si longtemps en mer, que Malgven donna naissance à une fille qu’ils nommèrent Dahut. Malgven annonça que le visage de Dahut garderait l’apparence du sien pour que Gradlon ne l’oublie pas, car le temps était venu pour elle de retourner dans son monde. Elle prédit qu’ils approcheraient bientôt une île et que Gradlon devrait la laisser partir car, sinon, ni l’un ni l’autre ne pourraient plus jamais revoir la terre.

Gradlon arriva peu après en Cournouaille, sans Malgven mais avec sa fille Dahut. La petite princesse aux cheveux roux, passionnée par la mer, demanda à son père de lui bâtir une cité. Gradlon réalisa le voeu de sa fille adorée et fit construire la ville d’Ys dans la baie de Douarnenez. Construite plus bas que la mer, Ys était protégée par une puissante digue. Une écluse fermait le port et seul Gradlon pouvait décider de son ouverture ou fermeture, permettant ainsi aux habitants d’aller pêcher à leur guise.

Mais en grandissant, la jeune Dahut, profondément attachée au culte païen des anciens dieux celtiques, accusa Corentin, l’évêque de Quimper, d’avoir rendu la ville triste et ennuyeuse. Elle rêvait d’une cité où règneraient richesse, liberté et luxure.

Salammbô (peinture de Gaston Bussière, 1907) est rapprochée de Dahut dans certaines versions littéraires.

Sous ses ordres, Ys devint la ville la plus riche et puissante de toute la Cornouaille, avec Dahut comme souveraine absolue. Chaque soir, elle conviait un nouvel amant au palais, qu’elle tuait au petit matin en les jetant dans l’Océan du haut d’une falaise.

Ys devint rapidement la ville du péché et finit par attirer la colère divine qui décida de punir Dahut.

Un soir, un chevalier vêtu de rouge vint à Ys. Ensorcelée par sa prestance, elle lui demanda de la rejoindre au palais, et il accepta. Une tempête éclata en pleine nuit, les vagues frappaient avec violence la porte de bronze et les murailles de la Cité. Dahut, confiante, affirma au chevalier : « Que la tempête rugisse, les portes de la ville sont solides et c’est mon père qui en possède l’unique clef, attachée à son cou ». Le chevalier répondit : « Ton père le roi dort, tu peux t’emparer aisément de cette clef » Dahut vola la clef à son père et la donna au chevalier, qui révéla sa vraie nature: c’était Satan en personne.

Le diable ouvrit la porte de la ville. une vague aussi haute qu’une montagne s’abattit sur Ys, déferlant dans les rues, submergeant la ville et tous ses habitants. 

BD : Ys, la légende (J-L.Istin, D.Nenadov)

Seul Gradlon et Dahut réussirent à monter sur Morvarc’h, le cheval magique. Saint Guénolé vint près d’eux et dit à Gradlon : « Repousse le démon assis derrière toi ! » Gradlon refusa d’abord, mais finit par accepter et poussa dans la mer sa fille bien-aimée qui se transforma en sirène. 

La Fuite du roi Gradlon (1884), Évariste-Vital Luminais (musée des Beaux-Arts de Quimper)

Gradlon se réfugia à Quimper, où il établit sa nouvelle capitale. On érigea une statue équestre du roi entre les flèches de la cathédrale Saint Corentin, perpétuant ainsi la légende de Ys à travers les âges.

Statue du roi Gradlon, située entre les flèches de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper.

Dans la Baie de Douarnenez, il parait que les cloches des églises d’Ys peuvent encore être entendues par temps calme. Et des marins racontent que, parfois, ils entendent le chant de la sirène…

La légende dit que quand Paris sera engloutie, resurgira la ville d’Ys : « Pa vo beuzet Paris, Ec’h adsavo Ker Is » (Par Is signifiant en breton « pareille à Ys »).

L’ile Tristan dans la Baie de Douarnenez…
On raconte que c’est une partie émergé d’Ys

La légende d’Ys a inspiré un opéra, une multitude de livres, de BD, des peintures, des décorations ornementales (voir mon décor panoramique YS )…. Et même des explorations sous-marines !

Qui sait, la ville engloutie n’a peut-être pas livré tous ses secrets…

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