Dessiner, graver, encrer, imprimer… Le processus de gravure s’effectue en différentes étapes, toutes aussi importantes et complexes les unes que les autres. Mais connaissez-vous cet art graphique et savez-vous comment on réalise ces tirages sur papier ?

Vous avez peut-être découvert la nouvelle section « gravures » mise en ligne sur le site (si ce n’est pas encore le cas cliquez ici). Je propose désormais des tirages uniques de certaines de mes linogravures.
Je parle ici de linogravure (réalisée sur plaque de lino) mais il existe pleins d’autres supports: la xylogravure (sur plaque de bois), la gravure en taille douce (sur rhénalon, Tetra-pack, sur plaques de cuivre ou de zinc) et autant de procédés pour creuser une image dans la matière et réaliser des tirages multiples sur papier. Certaines gravures s’effectuent à l’aide de gouges (des ciseaux creusés en gouttière), d’autres avec une pointe sèche, d’autres encore avec un « mordant » chimique (comme l’eau-forte, la manière noire, l’aquatinte,..).
Cela fait maintenant trois ans que j’apprends cette technique aux Beaux-Arts de Quimper. J’ai déjà gravé sur des plaques de bois, mais la plupart du temps je grave sur des plaques de lino. J’aime bien cette matière assez tendre qui se creuse relativement facilement et ne nécessite pas de matériel complexe.

Tout commence par une idée de dessin ou de motif. Il faut le penser en inversé car il sera imprimé en miroir. Je réalise un premier tracé au crayon, puis parfois un second au feutre noir pour bien suivre les découpes. ensuite il faut creuser ! Ce travail demande 2, 5, 10 heures… ou plus, selon la taille de la plaque et la complexité du motif. Avec des gouges de différentes tailles, j’élimine de la matière. Seuls les reliefs seront imprimés. Voici quelques exemples d’évolution:

L’exercice demande de la concentration et une main assurée car le moindre écart est irrattrapable ! Si la gouge a fait un écart ou si on s’est trompé, impossible de faire marche arrière ou « reboucher » la plaque.

Ensuite, je fais un premier encrage pour vérifier l’impression et rectifier, affiner les détails. Quand tout semble ok, j’applique une feuille de papier sur la plaque et je place le tout sous la presse (celle des Beaux Arts pèse une tonne mais peut imprimer de très grands formats):





J’aime bien l’encre noire car elle se prête à tous les motifs et possède un rendu intemporel, mais depuis quelques temps je travaille avec des encres de couleurs. Soit pour créer des fonds, soit pour réaliser des monotypes (des procédés d’impression sans gravure). Dans ce cas, il faut plusieurs passage successifs sous la presse: encrer une plaque entière avec une teinte (des fois je mets des heures avant de trouver le bon mélange couleur !), puis appliquer des pochoirs, puis apposer des petites plaques gravées… Le tout en essayant de ne pas dépasser du cadre !


Le processus de gravure c’est donc réfléchir à un dessin, creuser une composition, choisir des couleurs d’impression mais aussi le type de papier (papier de soie, papier fin, papier Canson, papier journal, papiers Japonais, papier de riz etc…) et je crois que c’est pour cela que j’adore cette technique: elle est sans limites à l’imagination et à l’envie de création. J’espère que je vous aurait donné envie d’en savoir plus, voire d’essayer ! (allez voir les tutos de gravure sur Tetra-pack: c’est la méthode la plus simple et la plus pratique pour s’initier chez soi). Et n’hésitez pas à me faire partager vos oeuvres ! Je vous souhaite une belle continuation et de chouettes créations.



C’est superbe bravo!