Breizh Witch s’expose dans les vitrines du Larvoratoire Photographique à Douarnenez jusqu’au 22 août 2022. Histoire d’une scénographie grandeur nature…

L’histoire commence dans un bus. Gare de Quimper, direction Douarnenez. J’y croise Yana O’Connell, elle aussi de retour de Paris. Nous rentrons chacune un peu épuisées de notre séjour mais heureuses de nous croiser pour faire route vers notre port d’attache: Douarnenez. Yana dirige le Larvoratoire Photographique qu’elle a crée il y a un peu plus de deux ans. Le Larvoratoire c’est la contraction de l’arvor (littoral), de laboratoire et un clin d’oeil à ce lieu qui était précédemment la maison Larvor (un magasin de chaussures). Le Larvoratoire est bien plus qu’une galerie photographique. C’est un lieu d’échanges, de rencontres, de convergences et d’expérimentations autour des procédés argentiques et numériques. C’est aussi une résidence artistique qui abrite une association, un collectif et couve des projets de recherche et de création photographiques (rendez-vous sur la page FB ou insta pour en savoir plus). Yana y met tout son coeur et sa belle énergie « C’est un peu comme un grand jardin où il y a mille choses à faire et à penser en permanence ».
On est donc assises dans ce bus, Yana me parle des prochaines expos, des projets… Le Larvoratoire fermera ses portes trois semaines en août, le temps de faire une pause et une rénovation complète de la vitrine. « J’ai une idée… ça ne te dirait pas d’exposer tes décors ? ». Wow. Malgré le peu de neurones actifs qui me reste au lendemain d’une nuit blanche, la proposition fait tilter mon cerveau. J’imagine des bribes de scénographie, des arbres de 3 mètres de haut… Je suis néanmoins très intimidée par ce projet: les délais vont être courts, la vitrine est immense, je suis peu habituée aux dimensions verticales… J’ai demandé à Yana un petit temps de réflexion. En réalité je n’en ai pas dormi de la nuit car mon imagination était déjà à l’oeuvre. Des son côté, Yana a réalisé une maquette de la nouvelle devanture et une check-list des travaux qu’elle envisage depuis longtemps: repeindre le sol, le plafond, certains murs, installer une enseigne, accrocher du lierre, coller un grand sticker sur la vitre centrale… Je lui envoyait mes intentions de décors qu’elle plaçait sur la maquette. Certaines propositions fonctionnaient mieux que d’autres. Elle me donnait son avis, son regard averti, j’affinais au fur et à mesure… Les échanges étaient fluides, les idées fusaient, le tout sans langue de bois, dans une connivence réciproque. Magique !

A travers ces décors, je voulais rendre hommage à Douarnenez: ses arbres centenaires des Plomarch’, son granit du Flimiou, sa baie aux teintes surréelles dans laquelle baigne la légende D’Ys… J’avais envie de créer un univers de densité végétale et un univers contemplatif ou le regard peut venir se (re)poser sur un horizon lunaire. Je travaille à partir de photos prises sur les lieux qui m’inspirent, puis je « découpe » ces images et je les recompose en y ajoutant des gravures, de la peinture (numérique). Sur l’image au-dessus, vous voyez mes premières intentions. Yana opte pour la 1ère et la 3ème image. On garderait la nuit de pleine lune pour le sticker central. Super idée ! Pourtant je ne suis pas satisfaite: je trouve la 3ème image trop réelle… De plus, il faut que je sature et contraste un peu plus les couleurs car le reflet de la vitre va « blanchir » les teintes le jour et les rendre ternes la nuit. Je recommence et lui fait une nouvelle proposition plus affirmée:

Voilà qui ressemble plus à l’idée que j’avais en tête ! Yana me dit banco. Commence alors un loooooong travail de retouches numérique où je retravaille chaque décor cm3 par cm3 à la palette graphique pour estomper la frontières entre photo et peinture. C’est comme cela que je procède pour chaque décor, chaque commande. D’habitude il me faut une semaine, là j’ai juste 3 jours pour faire deux panoramiques et les envoyer direct chez mon imprimeur afin d’être livrée à temps. Yana fait imprimer le sticker pour la vitrine centrale (je lui ai envoyé plusieurs versions colorielles d’une canopée pleine lune). Entre temps, nous commençons une semaine de travaux. Beaucoup de joie, de sérenité, d’efficacité et cette même façon de prendre le temps du recul pour chercher la bonne façon de faire les choses. Toute cette belle aventure créative prend une belle amplitude et cela me réjouit. J’ai tendance à croire que les lieux sont chargés de nos intentions et de nos énergies…

Le jour-J, mes amis Coco et Thomas sont venus à la rescousse pour la pose du sticker XXL. C’était la dernière étape un peu délicate à réaliser, relevée à 8 mains ( + 3 spatules + 2 escabeaux). A la tombée du jour, j’ai accroché les panoramiques et disposé les divers éléments dans les vitrines comme de mini cabinets de curiosité: guéridons, suspensions, paravent, lampes et bougies LED… J’avais tout pensé et préparé en amont, il ne restait qu’à disposer le tout dans les vitrines. Néanmoins, j’avais les mains qui tremblaient un peu de trac, de stress, d’émotions. Qu’est ce que tout cela allait donner ? Est ce que ma vision de départ allait coller à la réalité ?



Et puis la nuit est tombée. Les vitrines se sont allumées. Des amis sont arrivés, des passants se sont arrêtés. Dans le ciel, la lune est montée. On s’est regardées avec Yana, tellement heureuses de notre travail et du résultat ! Mission accomplie. L’univers Breizh Witch allait vivre en ville pendant que le Larvoratoire ferait de beaux rêves pendant son sommeil (un demi-sommeil car derrière les décors s’organise une exposition rétrospective qui ouvrira ses portes le 25 août prochain…).
Voilà pour l’histoire de cette scénographie. Une histoire de partage et de création. Je remercie infiniment Yana O’Connell sans qui tout cela n’aurait jamais eu lieu. Merci à tous ceux qui sont venus aider, encourager, soutenir, découvrir de près ou de loin… Vous avez été magiques !
Le Larvoratoire Photographique, 20 Rue Anatole France, 29100 Douarnenez, Finistère



